Burlesque Girrrl

Burlesque Girrrl, donc. Une bande-dessinée qui n'a qu'un petit mois au compteur, mais que j'ai eu le privilège de voir naître au gré de ces derniers mois à l'atelier Gottferdom. Le titre original était juste « Grrrl », et se rapproche plus du message convoyé par l'album que sa version finale « commercialisée », mais qu'on se rassure, le contenu lui, est bien authentique ! Et de fait il fait plonger le lecteur dans un milieu qui, à ma connaissance, n'a pas encore été beaucoup développé dans les bandes dessinées, livres et autres films car le phénomène n'est mis à l'honneur que tout récemment : les niches. Le burlesque, certes, ne date pas d'hier, et cela vaut pour tout le petit panel représenté dans cette bd : le fait de monter un groupe de musique, le hot-rod. Vous l'aurez compris, la recette est éculée, voire même… périmée. Et c'est là qu'on entre, par Burlesque Girrrl, dans le petit monde de ces passionnés qui font revivre divers âges d'or. Qui vont plus loin que la simple admiration, plus loin que la collection même. Non, ce qu'ils vivent est apparent dans leur looks et leurs activités. Comment conjuguent-ils ces passions avec la vie moderne ? Font-ils partie de ces attardés qui font les beaux jours de Tellement Vrai ? La réponse est bien sûr non car il est question ici de professionnaliser la chose, ce qui demande quelques neurones et une bonne dose de débrouillardise — suivez donc Violette, Peter et les autres pour en savoir plus.

Flyer de la Olala Party soirée spéciale Burlesque Girrrl et le book de Violette
Flyer de la Olala Party soirée spéciale Burlesque Girrrl et le book de Violette

Alléchant programme

Visuellement, François est parti vers de plus plantureuses contrées, avec un léger changement de style pour donner de la crédibilité à ce monde plus adulte que les fillettes de Gothic Lolita / Le Petit Chaperon Rouge / Alice au Pays des Merveilles. Il change aussi d'éditeur, débarquant chez les rares français prenant leur profession suffisament au sérieux pour aller plus loin que le bête fait de maquetter et imprimer le travail de l'artiste. En témoigne la superbe soirée de lancement au Carmen impliquant une poignée d'effeuilleuses et de nombreux visiteurs ayant joué le jeu vestimentaire. Les photos qui entourent ce paragraphe vous donneront une idée du soin apporté à sa promotion, entre le flyer de la soirée et le chaud dossier de presse.
En ce qui concerne le scénario, François délaisse sa compatriote de toujours Audrey Alwett pour une virée solo. Quant aux couleurs, elles sont confiées aux bons soins de Néphyla.

Dossier de presse Burlesque Girrrl avec une paperdoll et sa garde-robe magnétisée
Le superbe dossier de presse. Poupéegirrrrl !

Ce qui fait bouger les femmes

Violette, l'héroïne, compte énormément pour François bien que l'histoire de ce premier tome mette aussi particulièrement en avant son petit-ami Peter. Violette, c'est la continuité logique des livres précédents, c'est la Grrrl (sans le i, n'en déplaisent aux commerciaux), celle qui doit se prendre en main pour se faire une carrière sans dévaloriser sa féminité, rappelant que les apparences ne sont pas qu'une façade mais aussi un art. Rappelant encore qu'il y a des gens qui ont le mérite de créer et concevoir avec brio dans des secteurs comme la mode généralement considérés comme inutiles par le genre qui a inventé des distinctions de qualité comme le territoire ou le pouvoir. Amertume ? Un peu, sinon il n'y aurait pas de quoi faire des histoires. Malgré tout, les pinups du style de Violette sont toujours prêtes à jouer le rôle de la jolie fille de service pour ceux de leurs amis ou compagnons qui savent que ce n'est, justement, qu'un rôle. Fait éternellement surprenant même pour les plus ouverts d'esprit comme Peter, qui va devoir apprivoiser « sa » Violette tout en gérant son propre parcours avec tout autant de difficultés… Saupoudrées subtilement tout au long de l'album, ses réflexions rappellent ces errances qui torturent traditionnellement des générations de musiciens. Marque d'intelligence intimement liée à la profession artistique car dans ce milieu la tendance s'inverse et les remises en question de soi prédominent sur la couche d'arrogance qui permet à tant de survivre à leur propre médiocrité.

Détail d'une page de l'album avec un petit clin d'œil à Inglorious Basterds
Petit clin d'œil à Inglourious Basterds

Au jugé

Les plus :

  • + Le milieu indé comme sujet
  • + L'élégance du trait
  • + Un co-branding récurrent pour mettre en valeur des acteurs réels de ces milieux (pinup, hot-rodding…)
  • + Seulement 12€90, msieurs dames !

Les moins :

  • - Type d'histoire tranche de vie qui ne plaira pas forcément aux fans habituels de bande-dessinée, habitués à des rythmes plus soutenus

En Conclusion…

Si le rockab', les tatoués, les effeuilleuses et le hot-rodding sont votre came, n'hésitez pas ! Ce bouquin est fait pour vous, amateurs ou passionnés, habitués de la bande-dessinée ou outsiders. Je croise les doigts pour qu'un jour on aille au delà des questions de rentabilité et que François puisse le présenter dans des festivals vintages ! D'ailleurs, il me semble qu'une date à Compiègne est confirmée pour le 26 août. Yay ! Ca bouge !